Le déferlement des dotcom 2.0
Nelson Dumais -05/11/2009À voir les nouvelles offres de services Web surfant sur une vague 2.0 qui apparaissent jour après jour, on se demande si on n'est pas en train de revivre une époque pas si lointaine.
Je vous parle en effet des applications Web, euh... de ces services Web, WebApps et autres patentes RIA (Rich Internet Application) ou SaaS (Software as a Service), bref de ces machins parfois énormes, souvent petits, généralement gratos et quelques fois amusants qui, plus que jamais, précipitent l'ennuagement en cours de notre firmament techno-industriel. Les visionnaires et les gourous les recommandent. Ces logiciels SONT l'avenir. Ils pavent la voie à la prospérité industrielle, voire au bonheur domestique. Rien de moins.
Si je le voulais, je pourrais passer des heures à m'amuser avec ces gratuiciels. Grâce à eux, je pourrais même vivre sans ordi et sans Internet. Je n'aurais qu'à fréquenter certains endroits publics ou visiter plus souvent mes amis. Ce faisant, je pourrais accéder aux Google Docs, à Microsoft Office Live, à Acrobat.com (où, soit dit en passant, se trouve le très intéressant Buzzword), brefs à cette catégorie d'applicatifs ne nécessitant qu'une simple connexion Internet et un fureteur assez récent. Et, sans angoisser, je confierais tout mon courriel, toutes mes photos, tous mes textes et toutes mes infos de longue date à des méga-gros serveurs californiens dont l'essence même est de ne jamais crasher et de ne jamais être pris en faute de sécurité.
Ça laisse songeur. Surtout qu'en plus de ces produits de grande renommée, je vois apparaître, chaque jour, de nouveaux petits services hautement irrésistibles, des gugusses parfois géniaux, parfois idiots, qui nécessitent souvent l'installation de petits logiciels dans mon ordi. Parfois, ils me laissent pantois quant à leur chance de survie; j'ai peine à discerner leur plan d'affaires. Ils n'ont probablement pas les moyens de soutenir leur gratuité comme c'est le cas chez Google et consorts.
Vous y croyez, vous, à cette fierté d'une équipe de développeurs qui va lancer un très beau gratuiciel « ajaco-javatisé-full-flash-silverlightitou » pour le simple plaisir du beau geste, celui que l'on rencontre dans l'univers trépidant de l'Open Source à la sauce GNU? Si vous répondez oui, vous êtes probablement convaincu qu'une entreprise d'asphaltage qui contribue au financement des besoins d'un politicien, voire une personne qui « donne » deux cents heures de son temps à un candidat politique, le font par idéal démocratique. Vous le savez pourtant : où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie...
Pour que tout cela ait un sens dans ma logique cartésiano-jésuite, le plus simple pour moi est de faire miennes les théories paranos du méchant complot. Si les grands de ce monde, entendre Microsoft, Adobe, Google, Yahoo! et tutti quanti, offrent une panoplie de services Web gratuits, c'est qu'ils récoltent des adresses de courriel, qu'ils nous placent des espiogiciels, qu'ils nous utilisent comme cobayes ravis, qu'ils nous observent par-dessus l'épaule, qu'ils nous asservissent (en vue d'une « phase 2 »…) à grand renfort de mensonges sur leur soi-disant gratuité. N'est-ce pas? Sinon, pourquoi Yahoo se donnerait-il la peine d'entretenir son service gratuit de géolocalisation personnalisée Fire Eagle et Google, son Google Latitude, pour ne citer que ces deux exemples? Pour nos beaux yeux? Pour notre seul plaisir?
S'il en est ainsi, il peut sembler cohérent de croire que les plus petits en font autant. Ainsi, ce matin, mon logiciel de sécurité Malwarebytes a refusé de me donner accès au site de Screentoaster, un gratuiciel permettant de « capturer » une série de manœuvres sur son écran et d'en faire un clip vidéo à des fins didactiques. La réputation enviable de Malwarebytes a fait en sorte que je n'ai pas insisté. Malveillante, l'application Web Screentoaster?
Et si ce n'est pas pour nous injecter d'horribles chtouilles marketing, c'est pour nous appâter en vue de nous vendre leurs produits et services, non? Ne serait-ce pas là la vraie explication, c'est-à-dire « qu'il est payant de donner »? Sinon, pourquoi toutes ces petites boîtes inféodées à Adobe AIR, pour ne nommer que celles-là, rendraient-elles leurs merveilles disponibles au téléchargement gratuit?
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