Les TIC contribueraient au maintien des liens familiaux et amicaux des individus

Jean-François Ferland -23/09/2009

Un sondage d'Ipsos Reid fait état de l'utilisation des TIC par les Canadiens pour communiquer et passer du temps ensemble en famille, tout comme pour interagir avec les amis. L'étude s'intéresse particulièrement à l'utilisation hâtive d'Internet par les enfants. Selon un sociologue, les TIC sont à la fois déterminées et déterminantes.

Le point de vue du sociologue

André Mondoux est un sociologue spécialiste des technologies de l'information. Il explique que les technologies sont des outils - on les utilise et elles font ce qu'on veut - et sont donc déterminées. Il ajoute que les technologies sont aussi déterminantes, parce qu'elles deviennent un milieu de vie pour l'individu.

« Quand on voit que des enfants de sept ans sont 'internetisés'... Les enfants ne sont pas encore des usagers qu'ils se colorient, ils s'imprègnent de la technologie. Cela n'est plus 'les technologies', c'est 'le monde', de la même façon que le téléphone n'est pas une nouvelle technologie, mais l'a été toutefois pour nos grands-parents. [...] Il y a une double relation : l'homme imprime à la technique ce qu'il veut, mais la technique partiellement le détermine à son tour. L'idée est de garder un équilibre. »

M. Mondoux souligne l'intérêt que manifestent les Canadiens envers les moyens de communication via Internet, dans le contexte de la dispersion territoriale des familles. Cette tendance est plus prononcée chez les anglophones qui utilisent davantage le courriel que les francophones du Québec. Il existe un phénomène de globalisation et de mondialisation, qui d'ailleurs a été influencé par l'essor des réseaux de télécommunications dans les années 1970.

« Plus que jamais, les enfants vont étudier à l'extérieur. Les gens voyagent de plus en plus, la planète est de plus en plus petite. En ce moment, les technologies d'information et de communication sont de plus en plus intéressantes. On ouvre un ordinateur portable, avec une caméra Web via Internet on se parle à distance, sans latence... », constate-t-il.

Toutefois, M. Mondoux note un phénomène d'hyperindividualisation, où l'individu n'y a plus de statut social ni de hiérarchie familiale. Il change d'insigne et d'allégeance au gré de ses humeurs.

« À la limite, il n'y a plus d'autorité parentale : les enfants ne sont plus là pour se faire éduquer, mais pour se faire accompagner dans leur émancipation, la révélation de leur 'je'. Les profs ne sont plus des maîtres, alors que les étudiants sont des 'clients'... On est rendu à un point où il n'y a plus rien qui ne tient que le désir de l'individu. Or, ce désir utilement est égotique : 'Je veux avoir ce que je veux, où je veux, quand je veux'. On parle 'd'ici, maintenant'. 'Ici maintenant je veux télécharger des MP3, ici maintenant je veux parler avec un téléphone cellulaire, ici je veux communiquer avec un ordinateur portable'. Dans ce contexte, que va-t-on faire pour rapprocher le noyau familial? »

« Ce sondage procure un peu une réponse : on communique avec les enfants par cellulaire pour se donner rendez-vous. Cela permet de recréer un peu les liens qui sont mis à l'épreuve, alors que les individus peuvent faire ce qu'ils veulent. »

« Si on regarde le côté positif, la technologie constitue à la fois l'outil qu'on utilise et l'outil qui nous conditionne. D'un côté, on se sert de la technologie à nos fins, comme un simple outil. De l'autre, comme on le voit avec les enfants de sept ans qui naviguent sur le Web, on voit que l'environnement technique est conditionnant. Et on n'y pense même plus. »

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


La famille, les amis, les hommes et les femmes, le Québec

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