Malgré les Kindle et autres Sony Readers, le livre papier n'est pas en danger

Nelson Dumais -10/09/2009

Le livre électronique remplacera-t-il le bouquin sur papier comme les CD puis les MP3 ont remplacé les disques de vinyle? Pas si certain.

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Que croyez-vous qui va se passer? Que le phénomène « disque-vinyle-vers-CD-vers-MP3 » va se reproduire? Qu'en 2015, il ne se vendra plus de livres papier, mais seulement des bouquins électroniques? Cela notamment parce que la version électronique sera de qualité nettement supérieure à celle qu'elle remplace? Ne trouvez-vous pas que c'est là faire peu de cas de la nature même du livre en le comparant au vinyle des jeunes Boomers?

Relation sentimentale

Un livre, ça sent bon le vieux papier ou parfois, l'encre fraîche, c'est taché de larme, de moutarde, ou de petits doigts sales, on y trouve des feuilles séchées, des grains de sable, des factures, des signets de commerces disparus ou de vieux faire-part oubliés, c'est brûlé de soleil et pâli par le temps, ça vous renvoie au jour où vous l'avez lu, acheté, reçu, ça porte des annotations et, souvent, des dédicaces génératrices d'émotion, c'est une masse rassurante avec un poids bien à lui, c'est un compagnon qui témoigne de notre parcours de vie. On le voit sur un rayon, on le prend, on se souvient. Le livre papier est un tout, un tout particulièrement bien adapté pour les yeux, qui fait fi de tout gadget pour être lu.

À l'inverse, le vinyle qu'on ne saurait lui comparer, nécessitait, lui, l'achat d'une platine aux aiguilles éphémères, à la manière de ses successeurs qui ont, eux aussi, besoin de dispositifs pour être joués.

C'est ce qui me laisse croire qu'en 2015, ma bibliothèque continuera d'évoluer toute en couleur et en mémoire. En effet, il y aura encore des éditeurs pour imprimer des livres papier. L'immensité actuelle de leur masse mondiale, leur facilité incontestable d'utilisation, voire même leur attrait décoratif dans une bibliothèque domestique en sont la garantie. En revanche, il est à prévoir qu'ils le seront en quantité moindre qu'aujourd'hui. Pas parce que le nombre d'analphabètes fonctionnels aura eu le temps de croître (ce qui m'étonnerait quand même). Ce sera surtout parce que bien des titres auront migré vers ce support électronique de plus en plus convivial.

Une place pour les livres électroniques

Je pense aux manuels scolaires (comme l'envisage aujourd'hui le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger), aux notes de cours, au dernier chic de la croissance personnelle, aux recettes de cuisine, à certaines collections sans velléités littéraires, etc. (de là à annoncer que la série Harlequin passera au mode cybernétique, il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas…). J'y décèle même un avenir très encourageant pour ces ouvrages essentiels qui pourront enfin être publiés en mode électronique, voire même sur papier en procédé « sur demande », par exemple les Mémoires du journaliste Nelson Dumais ou à l'intégrale des discours du libéral Denis Coderre.

Plus sérieusement, tout un chacun pourra se publier son roman quoiqu'en disent les éditeurs; des outils à cette fin existent déjà (par exemple) et d'autres sont en préparation. Est-ce que cela ouvrira la porte à des ouvrages discutables, par exemple « La prospérité à votre portée » par Vincent Lacroix? Peut-être. Chose certaine, cela permet déjà la publication de titres conçus sans les conseils de professionnels de l'édition. Est-ce que ça ressemblera aux premiers temps de l'édition assistée par ordinateur (éditique) quand apparurent PageMaker et les premières imprimantes lasers et que tout le monde se croyait devenu infographistes? Peut-être.

Quoi qu'il en soit, il est très probable que les deux modes coexisteront pour des quantités considérables de titres. Des gens préféreront se constituer une bibliothèque de vrais livres, d'autres seront du genre à s'équiper de disques rigides ou de serveurs domestiques pour y stocker leurs cyberbouquins, produits qu'ils auront payés environ 40 % moins cher que la version « poche » du même livre imprimé. Des bibliothèques continueront de prêter de vrais ouvrages papier, des services en ligne en feront autant pour les livres électroniques. Ce sera comme on le veut, sachant, cependant, que certains ouvrages ne seront disponibles qu'en papier ou qu'en électronique.

En attendant, je m'amuse avec le Reader PRS-600 de Sony. Reste que samedi prochain, j'ai l'intention d'aller bouquiner dans un marché aux puces bien garni, pas trop loin de chez moi. Auquel cas, il m'apparaît tout indiqué de croire qu'encore une fois, j'en reviendrai avec une caisse de livres à l'état neuf, ce qui fera s'écrier ma blonde : « Veux-tu bien me dire où c'est que tu vas les ranger? Y a plus de place! »

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l'information depuis plus de 20 ans.


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