Malgré les Kindle et autres Sony Readers, le livre papier n'est pas en danger

Nelson Dumais -10/09/2009

Le livre électronique remplacera-t-il le bouquin sur papier comme les CD puis les MP3 ont remplacé les disques de vinyle? Pas si certain.

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Rassurez-vous, je ne vais pas vous analyser en cette chronique les avantages et les inconvénients de ce nouveau produit que Sony m'a fait parvenir dernièrement, le Reader PRS-600, un dispositif agréable permettant de lire des livres électroniques (ebooks). Je ne m'épaterai pas sur ses finesses et ne vous le comparerai pas au Kindle d'Amazon qui agit comme norme en cette industrie naissante.

J'en ferai plutôt un prétexte pour deviser autour du phénomène de la « electure », phénomène que je tenterai de vous positionner non pas comme une menace pour le bon vieux livre papier, mais comme un complément qui lui permettra de poursuivre son vécu de quelque cinq cent cinquante ans et des poussières.

L' « Anthologie des enseignements zen des grands prêtres bouddhistes » a été le premier livre à avoir été imprimé à l'aide de caractères mobiles en métal et il l'a été sur du parchemin. Ça se passait en Corée, 80 ans avant la Bible de Johannes Gutenberg qui, elle, sera imprimée sur du vrai papier en 1456. Combien de livres ont été produits depuis? Combien sont encore accessibles quelque part ou en circulation? Plus d'un milliard? Moins? Google en dénombre 18,2 M en langue anglaise seulement. Combien d'arbres ont été abattus depuis les débuts pour constituer ce fabuleux inventaire? La réponse appartient à la personne qui saura compter le nombre de patates qu'a mangé mon grand-père irlandais de son vivant.

Des livres inutiles et des ouvrages essentiels

Fabuleux inventaire? Pas toujours. Combien se publiera-t-il de méthodes, d'ici un an, pour bien réussir son régime, sa vie de couple, sa sexualité, le toilettage de son chien, son potager, ses géraniums, son site transactionnel ou son voyage dans le sud? Combien se publiera-t-il d'âneries autobiographiques, de propagande idiote, d'ouvrages farfelus, de dérapages artistiques, d'essais ratés ou d'exemplaires du Philodendron pour les nuls?

Sous un autre angle, combien d'ouvrages essentiels ne pourront se transformer en livres parce que les éditeurs sollicités auront refusé (faute de fonds, de temps ou d'intérêt), parce que le sujet n'intéressera qu'une petite communauté, parce que l'auteur n'aura pas de contacts, parce que la nostalgie (ou le futurisme ou la bienséance ou la spiritualité inuit) sera passée de mode, parce que le manuscrit sera considéré comme une thèse de doctorat trop pointue?

Savoir lire

Autrement dit, le nombre de titres publiés, disponibles ou non, depuis 1456 au niveau planétaire est incalculable et une solide tranche de cette masse est sans intérêt. Tout cela occupe des milliers de kilomètres de rayons dans les librairies et dans les bibliothèques, incluant toutes celles du Canada où 48 % des adultes ont de la difficulté à comprendre les reportages, éditoriaux, poèmes et ouvrages de fiction (tout comme au Québec où presque la moitié est constituée d'analphabètes fonctionnels). Comme la technologie évolue, on se fait expliquer par un copain comment procéder et on n'a pas besoin de savoir lire pour faire ce que l'on veut (ou presque) par exemple sur un ordi : jeux en ligne, monde virtuel, téléchargements, ciné maison, etc.

Heureusement, la techno n'évolue pas seulement pour contribuer à l'abrutissement. Ainsi, les appareils permettant la lecture (ereaders) de livres électroniques (ebooks) sont de plus en plus intéressants. Des prototypes d'écrans souples (simili papier électronique appelé chez les Américains Electronic Paper Display) existent déjà chez Epson, Philips, Samsung et ailleurs. Paraîtrait que c'est ce qui va remplacer, d'ici quelques années, les Reader, Kindle et autres Asus à écran mat (pour mieux imiter le papier) qui guerroient présentement pour développer leurs parts de marché.

Même Adobe est de la partie avec Adobe Digital Editions, un logiciel qui transforme un ordi en lecteur de livres électroniques. Et, bien entendu, le iPhone ne saurait être pris en défaut. Malgré sa surface de lecture qui n'est que 40 % de celle du Reader de Sony, il s'en tire assez bien. Ses logiciels de lecture se nomment eReader ou Stanza. On tape à gauche pour la page précédente ou à droite pour la suivante. Même que dans le cas de Stanza, elles se tournent comme de vraies pages de vrai livre. Kioute ! On a compris que tout ce beau monde utilisait des technos DRM (Digital Right Management), sinon des formats propriétaires, pour éviter la copie et pour protéger leur modèle d'affaires.


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