TechnoCompétences: pour éviter la pénurie dans les systèmes patrimoniaux
Jean-François Ferland -08/05/2009Une étude exploratoire souligne qu'une pénurie de main-d'oeuvre guette les exploitants de systèmes patrimoniaux. L'organisme suggère la prévoyance par l'établissement d'une formation particulière, de concert avec les institutions d'enseignement, pour inciter des groupes d'individus à y faire carrière.

L'ordinateur central System/360 d'IBM, qui fait partie aujourd'hui de la catégorie des systèmes patrimoniaux.
Or, c'est la disponibilité des ressources humaines aptes à en faire l'entretien et la programmation qui pourrait s'avérer problématique dans quelques années. C'est ce dont traite l'organisme TechnoCompétences, voué à l'étude des besoins en main-d'oeuvre de l'industrie québécoise des TIC, dans le document « Étude exploratoire sur les systèmes patrimoniaux des entreprises et leurs exigences de compétences ».
Pour cette étude vouée à la constatation de l'état des lieux, TechnoCompétences a rencontré des représentants et des gestionnaires d'organisations publiques et privées tout comme des firmes de services-conseils. Une dizaine de directeurs généraux d'entités gouvernementales ont également été sondés par l'organisme.
Un peu comme les garagistes experts dans la restauration des moteurs non électroniques deviennent rares, le départ à la retraite des personnes qui ont oeuvré à l'exploitation de systèmes centraux implantés entre les années 1970 et 1995 - avec une majorité de systèmes instaurés dans les années 1980 - entraînera une pénurie de personnes compétentes. Qui plus est, la prestation de l'enseignement dédié aux systèmes anciens est pratiquement disparue du curriculum des institutions québécoises, sans compter que d'autres spécialités - par exemple jeu vidéo - suscitent beaucoup plus d'intérêt de la part des étudiants qui définissent leur choix de carrière. En parallèle, les fournisseurs ont délaissé le développement de ces systèmes d'époque pour se concentrer sur d'autres technologies plus « modernes ».
TechnoCompétences évalue qu'entre 4 700 à 9 400 personnes travailleraient sur les systèmes patrimoniaux au Québec, sur près de 19 000 personnes qui oeuvreraient sur les systèmes informatiques. L'organisme évalue que chaque année, au cours des deux prochaines décennies, de 275 à 550 personnes qui savent exploiter des systèmes patrimoniaux auront complété leurs années de service et remettront leurs cartables et leurs sarraus à leurs employeurs. On souligne notamment que 80 % des personnes qui savent programmer en COBOL ont commencé leur carrière entre 1965 et 1985.
Soulignons que les chiffres de TechnoCompétences sont des hypothèses. À partir du « total d'emplois dans les grandes entreprises québécoises à siège social au Québec incluant les agences gouvernementales et les ministères québécois » (531 741 personnes en 2007), l'organisme évalue que 7,5 % de l'emploi est occupé par les ressources TIC (39 880 personnes). De ces personnes, TechnoCompétences fait l'hypothèse que 5 personnes par organisation, soit 47,3 % des postes en TIC, travaillent à l'entretien et l'exploitation des systèmes informatiques (18 863 personnes). De ce nombre, l'organisme formule les deux chiffres hypothétiques quant au nombre de personnes qui travaillent sur les systèmes patrimoniaux, donc 25 % ou 50 % de ce dernier sous-ensemble de main-d'oeuvre.
Soulignons que les données de base n'incluraient pas la main-d'oeuvre d'entreprises dont le siège social est situé hors du Québec, ni celle qui oeuvre pour les agences et ministères fédéraux et municipaux.
Une situation en évolution
Certes, plusieurs organisations oeuvrent au remplacement de leurs systèmes d'une autre époque, autant au niveau du matériel que des logiciels. Aussi, des fournisseurs, comme le distributeur du langage COBOL Micro Focus et IBM, offrent une latitude pour permettre l'utilisation de langages plus modernes et même d'établir des passerelles vers Internet.
Néanmoins, TechnoCompétences craint que des entités organisationnelles, dans cinq à dix ans, soient confrontées à un manque de main-d'oeuvre qui détient les connaissances et les aptitudes requises pour assurer que leurs systèmes patrimoniaux fonctionnent à merveille, jusqu'à ce qu'ils puissent être remplacés. En 2014, le bassin de main-d'oeuvre compétente pourrait avoir diminué du quart. Du même souffle, l'organisme estime qu'il est impossible de penser que tous les aïeux des systèmes informatiques auront été débranchés dans dix ans.
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