Chronique

Pour qui sonne Linux?

Nelson Dumais -24/04/2009

Linux est une alternative intéressante, mais sa petite part de marché lui confère un statut de minorité qui cause quelquefois des problèmes. Un exemple.

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Le logo d'Ubuntu, une des distributions de Linux qui fait l'objet d'une popularité croissante
Si on se fie aux analyses récentes de Market Share (Net Applications), la coalition Linux, ce savorama informatique aux générosités saisissantes, aurait vu sa part de marché passer, entre avril 2007 et mars 2009, de 0,41 % à 0,90 %.

Ces chiffres sont peut-être encourageants, mais ils sont inférieurs à ceux de Windows 2000, système d'exploitation (SE) préhistorique qui vivote à 1,24 %, à ceux du Mac OS X, produit branché en route vers le 9 %, à ceux de Vista le mal-aimé dont les ventes viennent de dépasser 23 % et à ceux de XP en nette décroissance avec près de… 63 %. Si on arrondit dans Excel, on peut affirmer qu'en septembre prochain, pour peu que « la tendance se maintienne », la part de marché de Linux aura rejoint celle de Windows 2000 sur le palier du 1 %.
 
Le statut de minorité

C'est quoi 1 %? Pas grand-chose. Parlez-en aux 200 000 Tamouls qui vivent dans le Toronto Métro, ce qui leur confère un gros 4 % de la population, ou encore aux 100 000 Haïtiens qui ont élu domicile sur l'île de Montréal, soit 5 % de l'ensemble, ou même aux 2 millions de diabétiques canadiens, c'est-à-dire quelque 6,5 % de la grande feuille d'érable. Et tant qu'à y être, si vous êtes sadiques, vous pouvez également en glisser mot aux 50 000 Inuits du Canada qui forment à peine 0,17 % du 30 millions éparpillé « ad mare usque ad mare », sinon aux Innus de la Côte-Nord qui représentent 0,4 % de la québécitude (NDLR : ces données proviennent toutes de Wikipedia et de Statistique Canada).
 
Tous ces chiffres ont en commun le fait de représenter une certaine marge, celle des moins de 10 %, ce qui inclut les Cubains de la Floride qui n'y sont que 6 %, mais exclut les Irlandais qui, eux, constituent 12 % des New-Yorkais. En un mot, on est loin du 31 % de la « minorité » francophone du Canada.
 
Dans l'attente de l'extraordinaire

Revenons aux systèmes d'exploitation. Ici, le rouleau compresseur se nomme Microsoft (90 %) et la marge, Apple avec 9 %, ainsi que Linux (la marge de la marge?) avec 1 %. Ce sont cependant des chiffres dynamiques desquels se dégage une constante relative : Microsoft est en baisse et la marge en hausse. Si rien d'extraordinaire ne se passe, si tout continue sur le même petit train que depuis dix ans, on peut imaginer que dans dix ou quinze ans d'ici, l'alternative Apple/Linux sera devenue aussi importante que la solution de Microsoft.
 
Que pourrait-il y avoir d'extraordinaire? Peut-être Windows 7. Il est possible que ce SE connaisse un succès de marché tel qu'il creuse davantage l'écart entre Windows et la marginalité Apple/Linux. Ou peut-être le Mac OS X 10.6, c.-à-d. « Snow Leopard ». Certains croient que ce SE pourrait faire bondir vers le haut les ventes de Mac tellement il sera beau et agréable à utiliser. Ou peut-être encore que le giron Linux soit l'hôte d'une prouesse, d'un grand coup de type Ubuntu 9.04, alias « Jaunty Jackalope » (« lapin cornu » enjoué).
 
Effectivement, depuis une semaine, je m'amuse avec ce beau gratuiciel. En tout et pour tout, télécharger, graver son image ISO sur un CD et l'installer sur un disque rigide fraîchement formaté prend environ une heure. Et là, sauf exception (malchances, PC un peu spécial, carte graphique ATI, mauvais enlignement planétaire, etc.), tout fonctionne sans avoir à ouvrir la console pour taper de rébarbatives incantations cabalistiques.
 
Je vous parle de choses aussi variées que la mise en réseau, la config Internet, la reconnaissance de périphériques (p. ex. ma caméra Web Logitech et ma laser Brother), l'utilisation d'une palette de logiciels dont Evolution (équivalent de Microsoft Outlook), OpenOffice.org (coffret bureautique), The Gimp (table à dessin) et plusieurs autres. Tout marche du premier coup, ressemble à quelque chose qu'on a déjà vu ailleurs et est gratuit.
 
Quant à l'interface, plusieurs croient qu'elle est belle. D'autres, ceux que les tons de bruns et de beige laissent de glace, chialent. Mais dans l'ensemble, nombreux sont ceux qui disent qu'elle est aussi jolie, sinon plus, que celle de Vista. Ici, le truc est d'éviter d'installer Ubuntu dans une machine de l'ancien temps comme on tend à le faire avec les saveurs de Linux (pour tirer profit des subtilités graphiques, p. ex. Compiz, il faut au minimum un gros P4 bien renforcé, c.-à-d. 2 Go de RAM et 128 ou 256 Mo de RAM vidéo; je vous parle ici d'expérience…) Bref, deux heures après avoir téléchargé Jaunty Jackalope, vous êtes impressionné et heureux de votre bidouillage.


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