Le phénomène blogue tire à sa fin

Nelson Dumais -24/07/2008

Si les blogues favorisent l'interactivité entre les auteurs et les lecteurs, il arrive que certains échanges de commentaires tournent au vinaigre, poussant des fidèles à quitter la barque. À terme, assistera-t-on à une implosion de la blogosphère?

La modération a-t-elle meilleur goût?


La solution la plus évidente s'appelle « modération ». Sauf qu'elle est impossible. Par essence, les blogues fonctionnent en mode 7-24 et les fous, les excités, les malicieux, sévissent parfois la nuit, parfois les fins de semaine. Si on me paie pour écrire sur un blogue, je veux bien y jeter un oeil le samedi matin en lisant mes nouvelles, idem pour le dimanche soir avant d'aller me coucher. Mais ne me demandez pas de m'y impliquer, arbitrer, rabrouer, répondre, réexpliquer, détruire le pseudo d'un fauteur de trouble, effacer un commentaire raciste, censurer des propos offensants, etc., bref de jouer au « wikipompier » ou au « col bleugue ». Je l'ai fait du temps de mon forum et il me fallait au moins 25 heures semaine en dehors des heures d'ouvrage pour y arriver.

Connaissant ainsi le prix à payer sur ma qualité de vie, je modère mon blogue « un petit peu », quand il le faut vraiment, cela sans prendre trop de temps avec les gants blancs. Il m'est ainsi arrivé de commettre une injustice. Pour être honnête, c'est une activité aussi bénévole qu'essentielle que je déteste particulièrement exercer. Mais ça, c'est moi. J'ai des collègues qui en font plus, d'autres, la grande majorité, qui en font moins.

Comme l'entreprise de presse propriétaire des blogues, dont le mien fait partie, n'a pas de modérateur (ce qui est conforme à la pratique de l'industrie), et comme les blogueurs ne veulent pas trop s'adonner à ce type d'activité, il en résulte que les notions de délicatesse, politesse, nuance, à-propos et utilité s'estompent, entraînant avec elles une masse d'usagers, essentiellement des gens bien articulés dont s'enorgueillissent habituellement les blogueurs. Et ils vont où, ces gens déçus, tannés, frustrés? Ceux qui veulent bien me répondre me disent ne pas le savoir, tout en me précisant détester tout autant les systèmes de réseautage social, un « phénomène passager » dont la marque de commerce leur paraît être celle d'un « nombrilisme inutile ».

Pour l'instant, il y a de tout dans la grosse blogosphère, celle qui reçoit de la pub et des visiteurs en quantité industrielle (je ne vise pas nécessairement celle de ces millions de citoyens qui, grâce à des produits comme Blogger de Google, ont pris la parole, bien que...) : à un extrême, des prestations fouillées, léchées et utiles, sur lesquelles réagissent des gens civilisés et renseignés, à un autre, des textes émotifs, peu réfléchis, sur lesquels s'acharnent une meute exacerbée et intolérante. Ici, jamais moins de 200 commentaires, là jamais plus de trois. Entre toutes ces possibilités, « 256 teintes de gris », comme on disait dans les années 1980! On fait comment pour trier le bon grain de l'ivraie?

À ce qu'on me dit, la situation évolue rapidement et pas pour le mieux. Si vous avez suivi l'affaire McCartney dans le cadre du 400e de Québec, vous savez à quoi je fais référence. Où est-ce que ça s'en va? Peut-être vers une récupération commerciale accrue des blogues les plus visités à la manière des lignes ouvertes sur les ondes de certaines radios privées. Peut-être vers une désaffection des internautes au profit de quelque chose de nouveau, de moins frustrant, de plus utile. Et là, je n'ai pas de boule de cristal pour vous offrir des précisions.

Ma seule certitude, c'est qu'à court ou moyen terme, je devrai changer de moyen pour continuer à m'amuser en écrivant sur la technologie.

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l'information depuis plus de 20 ans.

Des commentaires?

Le site de Direction informatique ne comporte pas d'outil de commentaires. Mais comme le sujet s'y prête, nous avons pensé vous permettre de nous en laisser en intégrant à cet article un outil de commentaires qui sont, évidemment, modérés. (Nos excuses, nous avons dû utiliser un système en anglais - si vous connaissez une alternative en français, dites-le nous!) Profitez-en pour vous exprimer.

MISE À JOUR : Nous avons désactivé l'outil de commentaires que nous avions intégré sous la forme d'un service Web en raison des comportements erratiques de l'affichage des commentaires. Pour nous faire part de vos opinions sur le sujet, rendez-vous sur L'observateur, le blogue de Patrice-Guy Martin. Merci de votre compréhension.


Retour à la page 1


Page 2 - Commentaires au vinaigre concentré


Page 3 - La modération a-t-elle meilleur goût?

Cliquez ici pour commenter cet article ou lire les autres commentaires
  Retour Envoyer un ami imprimer Haut
       delicious  |    Digg it  |    Diigo   |    Google  |    Technorati  |    StumbleIt  |    Yahoo!