Le phénomène blogue tire à sa fin
Nelson Dumais -24/07/2008Si les blogues favorisent l'interactivité entre les auteurs et les lecteurs, il arrive que certains échanges de commentaires tournent au vinaigre, poussant des fidèles à quitter la barque. À terme, assistera-t-on à une implosion de la blogosphère?
Conçu comme carte professionnelle apte à me tartiner de crédibilité techno, une carte optimisée pour la version 0.9 de Netscape, ledit site devint, dès 1996, un reposoir, une cyberbiblio, de toute ma production d'articles, avec moteur de recherche en CGI et tout le saint-frusquin. Et bien de mon temps, j'y ajoutai, en 1999, un outil terrifiant appelé « forum » qui m'amena dans les eaux périlleuses des 5 000 pages vues par jour.
De webmestre à blogueur
Depuis novembre 2005, je suis blogueur professionnel sur une base quotidienne, ce qui est beaucoup moins de travail (pas de codage HTML à me taper…), tout en me permettant de combler, sauf exception, ma constante fringale de communiquer. Sans être dans la lignée « mes tripes ressentent, donc je pense, fait que j'émets », je continue à produire des « chroniques » (par opposition à des « reportages ») impliquant recherche et entrevues. Je parle néanmoins à la première personne et il m'arrive de jeter l'anathème sur la cupidité de Rogers, l'incompétence de Bell, le capitalisme de Google ou le laxisme de Microsoft. Des gens me font l'honneur de me lire et certains se font un devoir de me faire connaître leurs réactions.
En 1996, ils le faisaient en se servant du courriel, en 2000 en utilisant mon forum et aujourd'hui, en cliquant dans l'outil de commentaires particulier au blogiciel WordPress. Suis-je plus lu? Non! Plus pertinent? Que nenni! Plus crédible? L'ai-je déjà été vraiment? Plus influent? Vous voulez rire! Plus libre? Pantoute! Plus au goût du jour? Assurément!
Juste un mot pour vous dire que...
Pourtant, par courriel, forum ou blogiciel, on m'a toujours félicité, remercié, nuancé, critiqué et engueulé. On a régulièrement ajouté des points que j'avais oubliés dans mes analyses. En ce sens, on a complété mes articles. Il est aussi arrivé que l'on m'ait démontré avoir été à côté de la coche, ou à l'inverse, d'avoir été très pointu dans la coche. Depuis 1996, des fous m'ont menacé par courriel, des idiots ont publié leurs inepties sur mon forum, des trolls ont semé la zizanie sur mon blogue. À chaque fois, il a fallu réagir, détruire, réparer, parer.
On peut ainsi dire que je fonctionne avec un système de rétroaction constante depuis douze ans. Est-ce que cela fait de moi un meilleur journaliste? Oui et non! Non, parce que j'ai des collègues très difficiles à rejoindre, même par téléphone, qui écrivent de meilleurs papiers que moi. Oui, parce que je déploie des efforts considérables pour savoir ce que pensent mes lecteurs. Tant mieux pour moi.
Tout cela pour dire que je chemine, que je m'adapte, mais que je caresse toujours les mêmes objectifs : rendre accessible au maximum ce que j'écris et en obtenir une salutaire rétroaction. Or, je suis parfaitement conscient que la chronique-blogue, telle que je l'exerce présentement, est un phénomène qui tire à sa fin. Je sais, je sens, je petit-doigtise, que bientôt, possiblement en 2009, au plus tard en 2010, il me faudra changer de moyen, il me faudra passer à autre chose pour continuer de prendre mon pied à écrire des articles technos. Pourquoi? Parce que les gens commencent à en avoir assez. Pas tous les gens, bien sûr. Parlons plutôt des utilisateurs précoces, ces « early adopters » qui achèvent de quitter et des « fidèles » de la deuxième vague qui commencent à manifester de la grogne.
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