Le monde des affaires est-il prêt pour le Web 2.0?
Alain Beaulieu -16/05/2008Les conférenciers présents à Webcom Montréal 2008 se sont penchés sur cette question qui peut sembler triviale dans l'environnement technologique actuel, mais qui ne l'est pas tant que ça. Survol des défis de l'Entreprise 2.0.
Les 22 conférenciers qui y participaient se sont tour à tour évertués à démontrer les avantages supérieurs des technologies du Web 2.0 et les raisons pour lesquelles les entreprises devraient les adopter et ainsi devenir des « Entreprises 2.0 » ou « E2.0 ». On se serait cru en pleine séance d'évangélisation - d'ailleurs, ce terme a été employé à maintes reprises durant les présentations des conférenciers - ce qui indique que nous sommes en présence d'un phénomène émergent.
En commençant par la présentation de Geoffroi Garon, conseiller chez K3 Média, qui portait sur les nouveaux métiers de l'E2.0, dont tous ont une composante « évangélisante » importante. Au nombre de trois, les nouvelles professions nées du passage des entreprises aux concepts de l'E2.0 sont celles d'architecte de l'information d'animateur de communauté et de formateur de contenu hybride.
Les trois spécialistes, qui bénéficient actuellement d'un traitement très confortable, du moins aux États-Unis, doivent être des « visionnaires » et des « meneurs charismatiques » capables de rallier les employés à la cause de l'Entreprise 2.0. Alors que le premier agit à titre de gardien des connaissances, le deuxième doit faire en sorte de maximiser la collaboration et la participation des membres dans la communauté que constitue l'E2.0, Le troisième doit créer un environnement favorisant l'apprentissage des membres et l'implantation du concept de l'organisation apprenante dans l'entreprise.
Mais qu'est-ce exactement qu'une Entreprise 2.0? La tâche de définir cette nouvelle conception de l'entreprise est revenue à Andrew McAfee, professeur à la Harvard Business School, dont l'allocution a ouvert le programme de la quatrième édition de événement qui a rassemblé près de 400 personnes. Selon lui, l'E2.0 est, en substance, une organisation dans laquelle le capital humain se mobilise au sein d'un environnement collaboratif hérité du Web 2.0 permettant de générer du capital organisationnel. Ses trois éléments sont la collaboration, le partage et l'apprentissage.
Scepticisme
Maintenant un expert reconnu de l'E2.0, M. McAfee avoue cependant qu'au départ il était assez sceptique quant aux bénéfices que pouvaient apporter les technologies du Web 2.0 aux entreprises. « Les fournisseurs de technologies sont bons pour innover et parler de leur capacité à innover et je me suis dit que tout leur discours autour du Web 2.0 n'était qu'un exemple de leur capacité à parler d'eux-mêmes, dit-il. Mais après avoir consulté Wikipedia, j'ai été franchement épaté et je me suis dit que les entreprises pourraient très certainement profiter de cette notion qu'on appelle l'intelligence collective. Il ne s'agit pas juste d'une amélioration de technologies existantes. Ce sont des technologies et une approche complètement nouvelles. »
Le principal avantage offert par ce modèle organisationnel est qu'il permet de renforcer les liens existants entre les employés et d'en établir de nouveaux, auparavant impensables, et de ces liens émerge une véritable capacité d'innovation. « Tout le monde sait que c'est au niveau de l'organisation informelle que la majorité du travail est fait et que l'innovation survient, souligne M. McAfee. Les technologies du Web 2.0 rendent simplement cette organisation informelle plus visible. »
Pour que le modèle de l'E2.0 puisse triompher sur le marché, certains défis devront être surmontés, dont celui de la mise au rancart des actuelles technologies de collaboration, comme le courriel. « La masse critique est un facteur décisif. Il est toujours difficile de remplacer une technologie bénéficiant d'une masse critique considérable par une autre. Cette technologie doit être perçue comme étant vraiment meilleure pour la détrôner », d'affirmer M. McAfee.
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