Les impacts du taux de roulement de la main-d'oeuvre en TI
Jean-François Ferland -16/11/2007Face aux taux de roulement élevés de la main-d'oeuvre, mis en lumière par TechnoCompétences, les entreprises de l'industrie doivent adapter leurs modes de rémunération. Constats et conseils.
M. Chartrand dresse un portrait des quatre générations de la main-d'œuvre actuelle, où les éléments marquants et les valeurs diffèrent grandement d'un groupe à l'autre.
Ainsi, la Génération Y des travailleurs âgés de 17 à 25 ans, marquée par la technologie et la consommation, valorise la compétence, le respect et une vie équilibrée. À l'opposé, la Génération silencieuse des travailleurs âgés de 62 à 80 ans, marquée par les restrictions des crises économiques et des guerres, valorise le travail, la rigueur et le respect de l'autorité.
Pour assurer une rétention de la main-d'œuvre, M. Chartrand suggère aux entreprises d'utiliser plusieurs leviers, comme la rémunération, l'évaluation, le développement de l'organisation, la formation, la dotation et la planification de la main-d'œuvre. Il recommande surtout de faire un bilan de la main-d'œuvre à risque sur deux axes, d'une part pour établir si la présence d'un employé est critique pour l'entreprise, et d'autre part pour voir dans quelle mesure il existe un problème de rétention de l'employé.
« Il faut développer des employés afin qu'ils aient les compétences requises pour remplacer les gens à risque. Mais il faut aussi être proactif avec les employés à risque - ne pas attendre d'avoir leur lettre de démission pour se dire qu'il fallait y penser - et s'assurer de répondre à leurs besoins tout en respectant les politiques de l'entreprise », commente-t-il.
Cocktail rémunérateur
Pour ce dernier point, M. Chartrand suggère à l'entreprise de recourir à un mélange de quatre formes de rémunération, soit la rémunération directe (salaire de base, bonification, etc.), les avantages sociaux (assurances collectives, régime de retraite, etc.), le développement (gestion de performance, formation, projets spéciaux, etc.) et l'environnement de travail (culture, climat, conditions de travail).
« Comment mise-t-on sur ces composantes? En regardant les quatre générations, on voit que la Génération Y privilégie l'argent dans ses poches, parce que cela permet d'acheter une maison ou de changer de voiture, ainsi que les opportunités de développement. Pour la Génération X, qui a atteint un certain niveau de carrière, les finances sont encore importantes, mais aussi l'environnement de travail, soit la flexibilité et le contrôle de la vie. Les baby-boomers, plus près de la retraite, recherchent la sécurité et le bien-être. C'est la même chose pour la Génération silencieuse, mais sous un angle différent, soit la flexibilité de se retirer progressivement du travail », explique-t-il.
Enfin, M. Chartrand répond à deux questions que se posent fréquemment les entreprises face aux taux de roulement.
« Doit-on répondre à une surenchère? Si la rémunération est bien structurée, je dirais que non, à moins qu'il ne s'agisse d'un employé à risque qui est dans le quadrant "élevé-élevé" [du bilan de la main-d'oeuvre] », déclare-t-il.
« Si on croit qu'on aura de la difficulté à développer une deuxième génération de produit ou à offrir des nouveaux services si on perd l'employé, il faut y penser à deux fois... Mais si c'est un employé qu'on peut remplacer et qu'on se met à faire de la surenchère, quand peut-on s'arrêter et quels en sont les impacts sur les autres employés dans l'organisation? Si la rémunération n'est pas structurée, il faut le faire au plus vite, parce que la situation ne s'améliorera pas... »
« Doit-on répondre aux demandes particulières de futurs employés? Je suis convaincu que le one size fits all des années cinquante à aujourd'hui n'est plus applicable ni pertinent. Mais si on segmente [l'offre à la main-d'œuvre], il faut le faire avec des balises, autrement on ne sera plus capable de gérer cela de façon équitable par la suite », conclut M. Chartrand.
Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.
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