Vers une industrie plus innovante

Alain Beaulieu -23/02/2007

La capacité d'innovation de l'industrie québécoise afficherait un certain recul, selon des experts. L'industrie, dont la compétitivité est menacée, exploiterait mal ses atouts.

On parle beaucoup de compétitivité et de concurrence internationale par les temps qui courent, et le panel d'experts réunis à l'occasion de la dernière édition de la conférence La Boule de cristal du CRIM a ajouté de l'eau au moulin.

Ayant pour thème « Le rôle de l'innovation dans la productivité et la compétitivité », la table ronde a réuni cinq experts du secteur des technologies de l'information et des communications (TIC), quatre oeuvrant dans des firmes-conseils et l'autre dans un organisme de financement.

Tous ont souligné le recul de la capacité d'innovation de l'industrie, lequel affectera très certainement sa compétitivité au profit des industries étrangères.

« Le Canada est actuellement au 27e rang pour sa capacité d'innovation, affirme Pierre Puglièse, vice-président principal, Investissements, TIC, à la Société générale de financement du Québec (SGF). Le Canada est fort pour rationaliser, mais moins pour innover. [...] C'est en innovant qu'on devient plus performant. Sa performance était meilleure par le passé et, si rien n'est fait, je me demande quel rang nous occuperons l'an prochain. »


Obstacles à surmonter
Pour donner du poids à leur affirmation, les experts ont identifié les principaux obstacles qui handicapent la capacité d'innovation de l'industrie.

En tête de ceux-ci figure l'éternel problème du financement, qui oblige les entreprises à se concentrer sur leur rentabilité à court terme au détriment de leur développement à long terme. La difficulté avec laquelle les capitaux peuvent être obtenus fait en sorte que l'entreprise ne peut investir autant qu'elle le voudrait en R&D.

Et de l'accès aux sources de financement, on en arrive à l'implication des gouvernements qu'on voudrait plus importante. « L'État a un rôle important à jouer dans le développement de l'industrie », soutient Jean-Pierre Delwasse, vice-président, développement stratégique, chez CGI.

Mais voilà, le gouvernemental est une organisation lourde qui prend du temps à agir.

En retour, la nécessité de se concentrer sur leur survie à court terme empêche les entreprises de mener une action collective visant le développement à long terme de l'industrie dans son ensemble. « Les entreprises sont trop préoccupées par leur rentabilité individuelle, déplore Yves Pelletier, premier vice-président, développement des affaires, chez DMR Conseil. Il manque un leadership et une vision d'ensemble. »

Aux récriminations financières des représentants des firmes-conseils, le vice-président de la SGF répond que les sources de financement sont suffisantes et adéquates, mais que le problème se situe au niveau de l'incapacité des entrepreneurs à produire des plans d'affaires convaincants.

« Bien souvent, ils n'ont pas de plan d'affaires, déplore-t-il. Le plan d'affaires permet de rendre l'entreprise attrayante. Ceux qui y arrivent obtiennent généralement du financement. »

La difficulté de trouver du personnel qualifié a aussi été soulignée par les panélistes. Se référant à la baisse continue des inscriptions en informatique à l'Université Laval depuis 2003, Jean-Pierre Delwasse croit que la profession d'informaticien est mal perçue par les jeunes et mériterait être redorée.

« C'est important de garder les employés ici, souligne Claude Rivard, président du Groupe Conseil Code 6. Une des façons d'y parvenir est de leur offrir un environnement de travail plus conciliant qui permet d'obtenir un meilleur équilibre travail-famille, car la R&D est très exigeante d'un point de vue humain. »


Atouts sous-exploités
Cela dit, Pierre Delwasse et Yves Pelletier, qui oeuvrent chez deux fournisseurs qui ont des centres d'expertise en Inde, ont foi dans l'avenir de l'industrie.

« L'industrie québécoise a le potentiel pour être très compétitive, lance le premier. Pour preuve, 40 % des gens qui travaillent dans le secteur des services sont impliqués dans des mandats étrangers. Et en plus, la distance ne joue pas en faveur des fournisseurs étrangers qui veulent développer le marché québécois. Les fournisseurs québécois savent mieux que les autres comment opèrent les entreprises d'ici et ce dont elles ont besoin. C'est un atout sur lequel il faut miser. »

« Fujitsu [qui a acheté DMR en 1997] a décidé de garder DMR au Québec, parce qu'elle considère que ça lui permet d'être plus près de ses clients québécois et qu'elle a confiance dans le potentiel d'innovation du Québec, ajoute Yves Pelletier. Mais le problème, c'est qu'on ne profite pas assez des opportunités que nous offre la mondialisation. »

Ne reste donc plus qu'à accroître la présence de l'industrie québécoise sur les marchés internationaux.

Organisée par le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), la quatrième édition de la Boule de cristal du CRIM a réuni à Montréal les 15 et 16 février derniers plus de 600 décideurs du secteur des TIC.

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