Trois témoignages, une préoccupation
Alain Beaulieu -01/10/2006Trois organisations estriennes apprécient particulièrement les économies qu’elles ont réalisées en migrant à Linux et aux logiciels libres.

C’est du moins ce qui ressort du témoignage de trois organisations de l’Estrie oeuvrant dans des créneaux très différents, soit le Centre d’information topographique de Sherbrooke du ministère des Ressources naturelles Canada, la Commission scolaire des Sommets, de Magog, et Espace Vital Architecture, de Sherbrooke. Les trois organisations ont eu recours aux services de la firme de services sherbrookoise Révolution Linux.
Centre d’information topographique de Sherbrooke
Le Centre d’information topographique de Sherbrooke, où œuvrent 90 personnes, est responsable de la production et de la distribution des données topographiques pour l’ensemble du Canada, et plus précisément de la numérisation des données géospatiales. Destinées à être utilisées dans des systèmes d’informations géographiques (SIG), les données que produit le Centre sont fournies à diverses organisations offrant des services d’informations géographiques, telles que Google Maps, et de géopositionnement (GPS).
Les données produites par le Centre alimentent notamment le site Toporama (http://toporama.cits.rncan.gc.ca) et l’Atlas national du Canada (http://atlas.nrcan.gc.ca). Les données brutes que reçoit le Centre proviennent de multiples sources : images satellites, données captées par GPS, cartes géographiques conventionnelles, etc.
Le Centre assure aussi la gestion et l’archivage des données topographiques, qui totalisent 20 téraoctets, dont une part de 40 % se trouve dans des bases de données Oracle et le reste, dans une cinquantaine de serveurs de fichiers qui assurent notamment la distribution des données sur Internet. Autant les serveurs de bases de données que les serveurs de fichiers sont exploités sous Linux Red Hat.
« Nous avons choisi Red Hat parce que nous avons des contraintes de production et que nous avons besoin d’un certain niveau de support, explique Marcel Lapointe, gestionnaire de projet au Centre d’information topographique de Sherbrooke. Red Hat offre un bon service de soutien téléphonique et garantit la stabilité de ses produits. Il faut dire que nous utilisions auparavant des serveurs Solaris de Sun et que nous étions habitués à une bonne qualité de service. »
Ayant débuté en 2002, la migration vers Red Hat devrait être complétée d’ici la fin de l’année. « Nous avons décidé de maintenir nos applications de sécurité sur Solaris, parce qu’elles sont stables sur cette plate-forme et ne nous coûtent pas cher à opérer, précise Marcel Lapointe. Mais ça ne veut pas dire que nous ne changerons pas et probablement que lorsque nous ferons une mise à niveau, en 2008, nous allons considérer Linux. »
L’organisation n’en est pas à ses premières armes avec l’informatique libre, s’y étant initiée dès le milieu des années 1990. « Comme je viens du milieu universitaire et que dans les universités on n’a pas les moyens d’acheter de logiciels, dès mes débuts au Centre j’ai fait la promotion du libre, explique Marcel Lapointe. On a commencé à utiliser des serveurs Apache pour supporter nos sites Web. »
Au total, la migration à Red Hat aura coûté environ 100 000 $, montant qui inclue les différents services fournis par Révolution Linux et Red Hat.
C’est pour satisfaire ses besoins informatiques croissants que le Centre a décidé de migrer à Red Hat. Étant moins exigeant d’un point de vue matériel, Red Hat peut être déployé sur des serveurs Intel, en l’occurrence des appareils de Dell, beaucoup moins coûteux que les machines de Sun, et avec les économies, le Centre peut payer les services professionnels requis pour enrichir son parc applicatif avec des logiciels libres. Qui plus est, Red Hat offre une robustesse comparable à Solaris et les solutions libres offrent plus de possibilités de personnalisation que les solutions commerciales.
« On a fait des essais de performance avec des petits serveurs de Dell, qui nous avaient coûté moins de 10 000 $, et on a obtenu des performances équivalentes et même supérieures à des serveurs de Sun qui nous avaient coûté 100 000 $. Ce qui nous a convaincus d’aller plus à fond du côté Linux, relate Marcel Lapointe. Un des gros avantages des solutions Linux, c’est que ça utilise de l’équipement Intel qui est beaucoup moins cher. Donc, on peut s’offrir plus avec le même budget. Au total, les économies sont d’environ 15 à 20 %.
« Dans le cas de Toporama, nous avons plus de 125 couches d'informations, donc quand on fait un clic et qu'on demande une image, le serveur doit fouiller dans 125 fichiers, ce qui est extrêmement exigeant. Et ce qui est intéressant, c'est que nous utilisons une solution libre, MapServer, qui est plus performante que la solution commerciale que nous utilisions avant, jusqu'à dix fois plus! La solution libre est plus simple que les logiciels commerciaux, qui ont des architectures sophistiquées et offrent plus de fonctionnalités, donc, ce qu'elle fait, elle le fait bien. Et on a des solutions plus adaptées à nos besoins, parce que les logiciels libres fonctionnent comme des blocs Lego qu'on assemble en fonction de nos besoins. »
L'organisation n'a donc rien perdu en migrant à l'informatique libre, à un détail près : la convivialité des applications. « La productivité est souvent associée à l'interface du logiciel et c'est toujours une des grosses faiblesses du libre, confie Marcel Lapointe. On a souvent des contraintes à ce niveau-là. Donc, le libre n'est pas une panacée. »
Commission scolaire des Sommets
La Commission scolaire des Sommets regroupe 30 écoles primaires, quatre écoles secondaires, trois centres de formation professionnelle et trois centres d'éducation aux adultes, fréquentés au total par 8 500 personnes. Elle dessert 37 municipalités réparties dans la MRC des Sources (anciennement MRC d'Asbestos), la MRC de Memphrémagog et la majeure partie du Val-Saint-François.
La mise en place de l'infrastructure libre, qui est en cours, porte sur les applications Internet et de communication et les applications de sécurité qui y sont rattachées. Le projet vise un bassin de plus de 8 000 enseignants et étudiants. La CS a porté son choix sur l'environnement Mandriva Linux.
Les applications Internet comprennent plus spécifiquement les sites Web et le réseau privé virtuel de l'organisation qui emploie 1 100 personnes, le portail pédagogique, le coupe-feu, le courrier électronique, l'antipourriel et les applications de surveillance du réseau. Alors que certains éléments du projet sont actuellement terminés, c'est notamment le cas des sites Web et du portail pédagogique (Edu-Groupe de la Société GRICS), l'ensemble des applications devrait être déployé avant Noël.
« Les produits libres qu'on a choisis sont supportés par la Société GRICS; c'était très important pour nous, parce que si on a des problèmes avec les produits, qui sont intégrés au portail, la GRICS va pouvoir nous aider », confie Jocelyn Thibodeau, directeur du service informatique de la Commission scolaire des Sommets.
Il ne s'agit pas vraiment d'une migration puisque l'organisation ne disposait auparavant d'aucune des applications visées par le projet; au mieux, c'est le cas des sites Web, elles étaient confiées en impartition à un fournisseur tiers. Par conséquent, le projet s'accompagne de l'achat et de l'installation des serveurs et de tout l'équipement nécessaire. Cela fait seulement un an que les établissements de la CS sont reliés en réseau, grâce au projet « Village branché » du gouvernement du Québec.
« Le fait que tous les établissements sont dorénavant interreliés nous a fourni de nouvelles possibilités, comme les services Web et le courriel », affirme Réjean Desmarais, technicien informatique, classe principale, à la Commission scolaire des Sommets. « Ça nous a permis aussi de partager les coûts avec les autres organisations et établissements de la région reliés avec le même réseau de fibres », ajoute Jocelyn Thibodeau.
L'organisation a opté pour une architecture de serveurs virtuels, question de réduire la facture totale du projet, qu'elle veut garder secrète, mais qualifie de très raisonnable.
« Si on n'avait pas eu recours à la technologie Linux-VServer, on aurait dix machines au lieu de trois pour supporter les mêmes applications, explique Réjean Desmarais. Maintenant, on a beaucoup de services sur une même machine qu'on a séparés de façon sécuritaire, dans des couches isolées. Ça existe dans l'univers Windows, mais c'est très stable sous Linux. »
« Si on considère seulement l'achat des serveurs, on a économisé de 50 000 à 70 000 $ », ajoute Jocelyn Thibodeau.
Toujours dans la perspective de réduire les coûts, la CS a fait en sorte qu'elle puisse assurer les services de gestion et de dépannage à l'interne. L'accroissement de son autonomie figurait d'ailleurs parmi les objectifs clés du projet.
« Dès le début, c'était très clair : nous voulions devenir autonomes, confirme Jocelyn Thibodeau. C'est pour ça que nous avons insisté pour que Révolution Linux nous fournisse la formation nécessaire pour l'être. Nous ne voulions pas avoir un contrat à long terme avec eux. »
Espace Vital Architecture
Employant 14 personnes, Espace Vital Architecture dessert une clientèle institutionnelle, située en Estrie, dont des centres hospitaliers. La firme ayant crû dernièrement par acquisition, c'est pour mieux répondre à ses nouveaux besoins qu'elle a migré en 2003 au libre. Centré sur Windows NT, son environnement précédent était plutôt rudimentaire et nécessitait passablement d'interventions manuelles. Avec la fusion des trois bureaux, il devenait impératif d'accroître l'automatisation des processus, ce qui a amené la firme à évaluer les solutions libres.
« Comme on a beaucoup grossi, on avait besoin de serveurs plus performants et c'est là qu'on a pensé à Linux, se rappelle François Coutu, un des quatre associés d'Espace Vital Architecture. Avant, on faisait tout manuellement, même la sauvegarde des données. »
Le parc de logiciels de la firme d'architecture comprend des logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO), de bureautique et de communication. C'est surtout au niveau des logiciels d'arrière-boutique, notamment de sauvegarde des données, de courriel, de sécurité, de protection contre les virus et de collaboration, que des solutions libres ont été déployées.
« De la façon dont on fonctionne, les logiciels libres sont situés au centre et en périphérie, chacun utilise les logiciels qu'il veut, selon ses besoins et ses préférences », précise François Coutu.
La firme évalue à 50 %, en achat d'équipement et en travaux de réseautage, les économies qu'elle a réalisées en faisant le virage du libre. L'argument des coûts était d'ailleurs central dans la décision de l'entreprise qui a déboursé 6 000 $, plus 2 500 $ par année pour les services, pour mettre en place son nouvel environnement.
« On voulait avoir des logiciels économiques et efficaces et on ne voulait pas être à la merci de l'industrie et d'être toujours obligé de mettre à niveau nos logiciels et qu'ensuite il faille changer nos ordinateurs qui ne sont plus assez puissants, etc., confie François Coutu. On ne voulait pas être obligé de toujours changer et consommer. On préfère encourager une entreprise locale que des [firmes multinationales]. » Les commentaires de ce site sont propulsés par Disqus
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