Le secteur public aime le libre

Alain Beaulieu -01/10/2006

Certains secteurs sont plus réceptifs à l’informatique libre que d’autres. C’est notamment le cas des secteurs de l’éducation et de l’administration publique.

Trois facteurs expliquent l’intérêt du milieu scolaire pour l’informatique libre. Il y a premièrement une question de budget, les commissions scolaires disposant de peu de ressources pour enrichir leur parc de logiciels. Un argument qui est de moins en moins déterminant, alors que les grands fournisseurs de logiciels ont adapté leur tarification en conséquence.

« Les grands fabricants ont les moyens d’envoyer des représentants dans les commissions scolaires pour vendre leurs produits et les services [associés] avec pour presque rien, affirme Marc Angles, du FACIL. Les directeurs d’écoles, qui n’ont pas de moyens, ne peuvent pas dire non à des services pratiquement gratuits. Pour le fabricant, c’est gagnant à tout point de vue, parce qu’ils s’assurent de la loyauté du client à long terme. »

Deuxièmement, il y a une question de valeurs, le secteur de l’éducation étant sensible aux valeurs de partage et de collectivisation des connaissances. « La science procède par la vérification des résultats, rappelle Marc Angles. Si on ne publie pas les résultats, personne ne peut vérifier si l’expérience est bonne, si elle procure une solution efficace à un problème. C’est un peu de là que vient la publication du code source, parce qu’on veut que les autres puissent l’améliorer et le faire évoluer, et cette approche est naturelle pour les enseignants qui perçoivent le logiciel davantage comme une connaissance que comme un produit. »

L’intérêt du secteur scolaire s’explique aussi par des raisons historiques, ce secteur figurant parmi les pionniers du libre. « Le secteur de l’éducation a beaucoup de soutien, avec des firmes comme Révolution Linux qui se concentrent sur ce marché et des projets comme MILLE », souligne Robin Millette, du FACIL.

Le projet MILLE (Modèle d’Infrastructure de Logiciel Libre en Éducation) propose aux élèves, aux professeurs et aux parents un environnement de travail personnalisé en ligne, fondé sur le logiciel libre. Il s’appuie sur l’utilisation d’un réseau à large bande et se compose d’une architecture matérielle où les postes clients sont centrés réseau. Six commissions scolaires, dont celle de Laval, participent au projet.

Intérêt public

Cela dit, l’intérêt de l’administration publique pour le logiciel libre croit plus vite que celui du secteur de l’éducation.

La firme de recherche Government Insights, une filiale d’IDC spécialisée sur le marché gouvernemental, croit en effet que l’administration publique constitue le marché sur lequel l’adoption du libre affichera la plus forte croissance au cours des cinq prochaines années. Les investissements reliés aux logiciels libres des administrations publiques devraient croître, durant cette période, à un taux annuel composé de 30 %.

« Le secteur public a besoin de stabilité, ne serait-ce qu’en raison de son obligation de stocker à long terme des documents et de permettre au public d’accéder à ces documents. Ils ne veulent pas être pris avec des documents électroniques conservés dans un format propriétaire, dont le fournisseur a fait faillite et qu’ils ne peuvent maintenant plus consulter. Ils veulent la pérennité de l’environnement d’archivage. Cela favorise indirectement le logiciel libre par rapport aux fabricants de logiciels propriétaires », explique Yannick Delbecque, du FACIL, qui cite l’exemple de l’État du Massachusetts qui veut adopter le format d’archivage de documents libre OpenDocument.

Aussi, les administrations publiques sont sensibles à l’argument communautaire, au fait que les logiciels libres peuvent facilement être partagés entre plusieurs instances administratives. En outre, le fait que les administrations publiques sont habituées de faire affaire avec des intégrateurs de systèmes, qui sont nécessaires pour mettre en place des logiciels libres, donne une longueur d’avance au libre, selon Government Insights.

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