L’enthousiasme des logiciels libres

François Huot -27/07/2006

Deux jours de rencontres, vingt-deux ateliers et conférences, l’édition 2006 de la Conférence sur les logiciels libres et les administrations publiques (CLLAP) aura permis de constater une sortie de placard du logiciel libre.

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QUÉBEC - En grande partie confinés au monde invisible des infrastructures (serveurs, réseaux, « clustering ») et encore peu utilisés par le grand public, les logiciels libres ont effectué quelques percées ces deniers mois. C’est ainsi que lors de la Conférence sur les logiciels libres et les administrations publiques (CLLAP) qui s’est tenue à Québec en mai, on citait les exemples de l’utilisation croissante du fureteur Firefox, de la sortie de la version 2.0 de OpenOffice, de l’adoption par l’ISO du format OpenDocument et l’adoption de logiciels libres par de nombreux gouvernements et organismes publics de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique latine.

Parmi les cas les plus spectaculaires, on cite celui du ministère français de l’Économie, des Finances et de l’Industrie (Minefi). En l’an 2000, ce ministère a décidé de réorganiser tout son système informatique et, dans la foulée, mit en compétition logiciels libres et solutions propriétaires dans le cadre d’un appel d’offres hors de l’ordinaire. Cette opération — appelé projet Copernic — a vu les solutions libres l’emporter et devenir la solution par défaut pour toutes les applications fiscales. De fait, ce ministère utilise maintenant quelque 140 logiciels libres et a migré plus de 4 000 de ses serveurs (la majorité en fait) vers une solution Linux.

Le Québec... libre?

Côté Québec, un certain virage semble amorcé au gouvernement puisque les logiciels libres sont désormais reconnus comme un « choix possible ». Voilà qui explique la bonne humeur d’Yves Morin, directeur exécutif secteur public chez Novell. Cette entreprise a déjà décroché un premier contrat, qui permet à Novell de faire rouler sous Suse Linux huit processeurs IFL dans un centre de services partagés du gouvernement. Yves Morin espère conquérir le poste client (« desktop ») avec la prochaine mouture de Suse Linux Enterprise Desktop. Selon lui, cette distribution fera une forte concurrente aux produits de Microsoft au niveau des fonctionnalités, de la qualité des interfaces et, évidemment, du prix.

Selon Étienne Goyer, formateur chez OpenPole et utilisateur de plusieurs distributions Linux, cette suite possède d’excellents atouts pour faciliter une transition de Windows à Linux : « Novell Suse Linux m’apparaît comme le meilleur choix pour les utilisateurs de l’informatique qui font leurs premier pas sur Linux, principalement à cause de la qualité des outils de gestion graphique. Les administrateurs de systèmes Windows pourraient aussi facilement s’y retrouver. C’est une distribution avec une très bonne architecture sous-jacente; Novell innove beaucoup sur ce plan. »

En ce qui concerne le support, Yves Morin parle d’un « nouveau modèle d’affaires », qui pourrait voir par exemple deux des trois niveaux de support être offerts au Québec par des équipes proprement québécoises alors que le troisième niveau serait assumé par Novell; l’un des scénarios envisagés comprend même l’hypothèse que le premier niveau de support soit offert par des employés du gouvernement.

Du côté des plus petits clients, la solidité des solutions libres et l’absence de licences à payer constituent de bons arguments de vente. Il est par ailleurs plus aisé d’identifier les économies réalisées; ainsi, Cyberlogic de Montréal indique avoir permis au bureau d’avocats Trudel Nadeau de fait d’épargner près de 45 000 $ en « licences et matériel propriétaire » lors de la réorganisation de son réseau.

Question prix justement, Jean-Marie Lapeyre a établi une analyse du « coût strict de possession », soit les coûts reliés aux droits d’utilisation, à la maintenance corrective et évolutive et au support téléphonique... Résultat? Le coût de possession des logiciels libres est de 90 % inférieur à celui des logiciels propriétaires. Ce chiffre global cache des différences particulières, les coûts variant entre 4 et 150 fois moins cher.

Cohabitation compétitive

Libres, propriétaires, Windows, Linux... quoi qu’il en soit de cette compétition entre logiciels libres et solutions propriétaires, il reste que les deux types de logiciels sont condamnés à cohabiter.

Selon le professeur Daniel Memmi de l’UQÀM, dont une étude montre que 33 % des éditeurs de logiciels propriétaires produisent aussi des logiciels libres, les logiciels libres seraient plus adéquats « pour les infrastructures collectives » et les logiciels propriétaires, plus adaptés pour répondre à des besoins très spécialisés. Mais, le professeur le note, la logique économique n’est pas le seul facteur à considérer, le marché étant aussi le résultat de facteurs « culturels et sociaux ». Il aurait pu ajouter « politiques... »

Pour le consultant indépendant Patrice Caron, la cohabitation de deux types de logiciels est souhaitable, car elle permet aux clients d’obtenir les meilleurs produits aux meilleurs coûts. Il cite en exemple le portage en ligne d’un système d’information reposant sur Novell, Solaris, le SGBD Oracle et des outils de développement basés sur Java.

« On pourrait très bien, explique ce consultant, marier d’excellents produits libres comme Linux, le serveur Web Apache, le langage PHP, le gestionnaire de sources SubVersion, l’environnement de développement Eclipse à des produits propriétaires comme la base de données Oracle en plus d’effectuer la gestion d’identité sous Novell. »

On en saura plus dans un an puisque c’est en septembre 2007 que prend fin un important contrat entre Microsoft et le gouvernement du Québec pour le renouvellement de dizaines de milliers de licences. La lutte pour ce contrat sera — c’est un euphémisme de le mentionner — féroce.

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