Le bogue avec les blogues
Patrice-Guy Martin -01/02/2006Les blogues, ces pages Web qui permettent à tout un chacun de s'exprimer facilement, sont populaires au point que les organisations s'y intéressent dans le cadre de leurs stratégies de communication. Mais, il demeure que ce mode de communication est confronté à ce que tout média doit démontrer : la crédibilité.
La plupart des grands portails sur Internet s’y intéressent et offrent des fonctionnalités qui permettent de facilement créer et entretenir ces pages. Même que la dernière mouture (annoncée lors de MacWorld en janvier) de la suite de logiciels de création de contenu d’Apple, iLife, comporte un nouvel outil, iWeb, qui permettra de créer ce genre de page spécifique.
La popularité des blogues est indéniable. Même les grands médias d’information en traitent, discutant des bons côtés, mais aussi des risques que présente ce type de pages Web. Certaines personnes s’y sont vues traînées dans la boue, d’autres ont « réussi » à perdre leur emploi en diffusant des informations négatives sur leur employeur alors que d’autres encore sont parvenues à réaliser des actes plus positifs en influençant un fabricant ou une société de services à mieux répondre à leurs besoins, si ce n’est pas mettre sur la place publique et porter à l’attention des médias traditionnels des informations qui n’auraient autrement pas été connues.
Un phénomène communautaire?
On a parlé des blogues comme d’une nouvelle forme de journalisme citoyen, d’une manière de partager son vécu avec le monde entier en une époque d’individualisme et d’isolation, etc. Des entreprises s’en servent à l’interne pour créer des groupes de partage d’expertise ou de support technique, ou à l’externe pour créer des liens de communications avec des clients potentiels ou actuels. Notre chroniqueur Gérard Blanc traite d’ailleurs de cet aspect dans son Point de gestion que vous retrouverez en page 18 de cette édition.
Une chose est certaine, c’est que les blogues rassemblent des communautés d’individus et leur offrent un mode de communication interactif. Je ne crois pas qu’il faut y voir une finalité et tergiverser sur le rôle particulier et l’influence primordiale de ce mode de communication par rapport à tous les autres. Il s’agit d’un mode additionnel de communication, qui s’ajoute à tous les autres que sont l’imprimé, le site Web, le courriel, la communication instantanée, les forums de discussion, etc.
Tâchons de séparer le mode de communication de son contenu. Si je diffuse de la propagande haineuse, que ce soit par courriel, sur mon site Web, dans des brochures imprimées ou sur mon blogue, je m’expose à être traîné devant les tribunaux par toute personne offensée par la teneur de mes propos. De la même manière, je peux risquer la confiance de mon employeur si je publie une lettre dans un journal, si je diffuse mes états d’âme dans une chaîne de courriels ou que je le fais dans mon blogue.
Ce n’est pas le moyen de communication qui est en cause, c’est la nature de mes propos.
Une question de crédibilité
Alors que les moyens de communication se multiplient et prennent des formes diverses, la question qu’il faut se poser d’une manière de plus en plus pressante est celle de la crédibilité.
Est-ce qu’il faut accorder le même poids à une information publiée sur un blogue individuel ou sur une page Web personnelle qu’à une nouvelle publiée dans un grand média ? Comment distinguer le ragot malveillant de l’information juste et précise ? Il faut mettre les choses en perspective et je crois qu’on peut se fier au bon jugement des internautes pour faire la part des choses. Au-delà de l’avidité à lire les rumeurs les plus juteuses sur ce qui se passe au sein de telle organisation ou dans la vie d’une personnalité publique (ou non), est-ce que nous laissons notre vie et nos décisions être influencées outre mesure par tout ce que nous lisons ou entendons sans se poser la question de la crédibilité de la source ?
Si un quidam quelconque se met à traiter de tous les noms un fabricant informatique sur son blogue, est-ce qu’un directeur informatique accordera à ces propos malveillants autant de valeur qu’il le ferait à un article de magazine traitant des nouveaux produits du même fabricant ? J’ose espérer que non.
Il est certain que, comme journalistes, nous sommes tous les jours confrontés avec cette évaluation de la crédibilité des sources. Si nous effectuons du journalisme sérieux, dans des cas de reportages qui soulèvent des problématiques litigieuses, nous voulons toujours nous assurer de corroborer l’information obtenue par plus d’une source. Et nous sommes toujours à jauger de l’intérêt de notre interlocuteur à nous livrer un message en particulier et à s’assurer que nous faisons nos devoirs en distinguant le bon grain de l’ivraie, la nouvelle importante de l’information futile.
Il est certain qu’il existe des médias « d’information » qui nous annoncent régulièrement qu’Elvis est encore vivant et qu’il joue au golf avec John F. Kennedy, ou peut-être même avec Jim Morrison, mais au-delà du caractère que l’on pourrait qualifier de divertissant de ces pseudo-nouvelles, nous n’y croyons pas.
Il en est de même avec les pages Web personnelles, les blogues et les autres modes de communication. Le foisonnement d’information en cette ère des communications de masse, mais aussi individuelles nous oblige tous à aiguiser notre sens critique et notre jugement.
Le fait de savoir pourquoi les blogues sont si populaires et pourquoi le fait d’exposer ses opinions personnelles sur la toile mondiale semble créer autant d’engouement sont des questions que nous laisserons le soin aux sociologues de répondre. Nous nous contenterons d’affirmer qu’il faut être prudent en associant la technologie des communications et le contenu qu’elle peut supporter. Ce sont deux choses différentes qu’il ne faut pas confondre. Les commentaires de ce site sont propulsés par Disqus
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