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Dossier

L'avenir de la réseautique réside dans ses applications   -Alain Beaulieu

01/12/2003 - Le développement de l'industrie des télécoms passera par le développement et l'utilisation d'applications de réseau, notamment de vidéoconférence.


On a souvent décrié le fait que les réseaux des transporteurs sont surdimensionnés, qu'ils offrent trop de capacité par rapport à ce qui est utilisé, ce qui n'est pas faux. Mais il faut savoir que pour certaines applications de pointe, ces réseaux sont insuffisants et que pour satisfaire leurs besoins en largeur de bande, diverses organisations doivent se rabattre sur le Réseau d'informations scientifiques du Québec (RISQ) qui offre un débit de 10 Gbps par canal et jusqu'à 32 canaux entre Montréal et Québec. Ces applications donnant souvent un avant-goût des applications futures, on peut estimer que la fibre optique déployée dans le sous-sol québécois sera tout juste suffisante dans quelques années.

Le réseau du RISQ peut être utilisé autant par les organisations membres du RISQ, qui ont une connexion directe au réseau, que par celles qui n'en sont pas membres. Au nombre de 110, les organisations membres sont principalement actives dans le domaine de la recherche, de l'enseignement, de la culture et de l'administration publique.

Trois principaux types d'organisations ont recours au RISQ, soit les universités, les entreprises de haute technologie et de télécommunications et les fournisseurs d'applications de télécommunication. Elles utilisent le réseau essentiellement pour tester de nouvelles applications et technologies de communication et effectuer des projets-pilotes de qualification et d'interopérabilité de produits.

Cette préférence accordée aux applications s'inscrit, selon Jocelyn Lauzon, vice-président Innovation au RISQ, dans une tendance générale au niveau de la recherche et de l'innovation en réseautique qui met principalement l'accent sur les applications au détriment de l'infrastructure.

" Il y a beaucoup moins d'intérêt à augmenter la capacité aujourd'hui, et comme il y a beaucoup de capacité, ça offre de nombreuses possibilités du côté des applications, ce qui stimule le développement d'applications, explique-t-il. Du côté de l'infrastructure, les travaux visent moins à augmenter la capacité qu'à rendre les systèmes plus flexibles, plus adaptables, reconfigurables, et à ce niveau-là, il y a beaucoup à faire. Notre réseau permet d'ailleurs de tester de nouvelles infrastructures, par exemple dans le domaine des communications optiques, parce qu'on a accès à de la fibre noire (non-utilisée) qui permet de bâtir un système parallèle pour faire des essais dans un environnement réel. "

Vidéoconférence en tête

Les applications de vidéoconférence sont parmi les applications les plus fréquemment testées sur le réseau. M. Lauzon estime que les nouvelles générations d'applications de vidéoconférence offrent une maturité et des possibilités sous-estimées par les utilisateurs et que par conséquent la technologie est en avance sur les attentes des clients. En fait, la qualité de l'image et du son permise par les nouvelles générations de solutions de vidéoconférence est excellente, n'ayant rien à voir avec les générations précédentes.

" Les clients ne se rendent pas compte de tout ce qui leur est accessible, note M. Lauzon. La technologie est aujourd'hui très conviviale, très plug and play, mais les utilisateurs n'en sont pas conscients et ont l'impression que c'est très compliqué, que ça leur prend un technicien à temps complet pour faire de la vidéoconférence, ce qui n'est plus le cas, car la technologie a beaucoup évolué. "

Les besoins sont néanmoins très concrets, les entreprises cherchant à réduire le plus possible les déplacements de leurs employés et, conséquemment, les coûts qui y sont reliés. " Il faut combler l'écart entre le besoin et la connaissance des produits offerts sur le marché, car on peut facilement acheter une petite caméra à moins de 100 $ et un logiciel à moins de 1 000 $ et on peut faire de la vidéoconférence de très bonne qualité, soutient Jocelyn Lauzon. On n'a pas à les convaincre qu'ils ont un besoin, mais simplement qu'il y a des solutions à portée de main et qui ne coûtent pas cher. Donc passez le message, on en est là ! "

La deuxième catégorie d'applications testées sur le réseau du RISQ est très variée, mais a pour dénominateur commun de nécessiter des liens à faible latence. On retrouve dans cette catégorie des applications de contrôle à distance d'équipement. " Un délai de dix millisecondes sur le contrôle d'un robot à distance peut avoir des conséquences assez graves, soutient M. Lauzon. Si on interagit avec quelqu'un, on ne le perçoit pas, mais avec un robot, ça peut devenir problématique. "

Chemins optiques

Dans le même ordre d'idée, le réseau du RISQ sert également à tester de nouvelles technologies de communications permettant de réduire le temps de latence. La technologie des chemins optiques, qui consiste à subdiviser un lien optique en canaux et sous-canaux de communications dédiés, est une de celles-là. Les sous-canaux peuvent être, par la suite, consolidés au besoin.

" En utilisant des canaux dédiés, on n'est pas affecté par le trafic secondaire. Quand on parle d'avoir des latences très courtes pour faire de la télé-robotique, par exemple, il faut des chemins optiques, précise M. Lauzon. La technologie des chemins optiques n'est pas une fin en soi, c'est un outil qui peut aussi servir à bâtir des grilles d'applications interconnectées. "

Outre la réduction du temps de latence, la technologie des chemins optiques permet, grâce à sa flexibilité accrue, d'optimiser l'utilisation de la bande passante, qui est coûteuse. Pour l'instant, elle est essentiellement utilisée dans le secteur de la recherche universitaire. Ses applications industrielles sont donc futures, d'autant plus que sa performance est considérablement haussée en recourant à une infrastructure tout-optique, laquelle nécessite que les signaux optiques soient gérés de bout en bout, sans devoir les convertir en signaux électroniques, ce qui est loin d'être permis aujourd'hui (la communication optique de commutateur à commutateur est possible actuellement). La conversion optique-électronique ralentit les communications et est coûteuse.

" Le défi du tout optique est de donner de l'intelligence au processus, résume M. Lauzon. Le problème, c'est que l'optique n'a pas de mémoire qui permettrait de comparer l'encodage des signaux pour connaître, par exemple, la destination des signaux. Est-ce qu'on va développer des mémoires optiques ? Pour l'instant, ça semble assez futuriste. "

" Ce que la technologie des chemins optiques propose, c'est du pair à pair de haut de gamme, renchérit Christian Allègre, chargé de mission et des communications du RISQ. Elle va permettre la communication de machine à machine directement, ce qui est beaucoup plus efficace et performant. Mais il faut bien comprendre qu'on fait ça d'abord pour les chercheurs, qui l'expérimentent et l'utilisent, et que plus tard ça va se répandre dans les foyers, on suppose. Mais pour l'instant, c'est du domaine de l'utopie : c'est encore beaucoup trop cher et difficile à réaliser. "

Effet d'entraînement

M. Lauzon estime, pour sa part, qu'il faut compter au moins une quinzaine d'années avant que l'optique se rende jusque dans les foyers, le temps que le problème de la gestion des signaux optiques soit résolu. Le rôle de la vidéoconférence est, à cet égard, central, puisqu'en stimulant la demande en bande passante, son utilisation à grande échelle stimulera le développement du tout-optique et par ricochet celui de l'industrie des télécommunications dans son ensemble, laquelle tourne au ralenti depuis le dégonflement de la bulle.

" Dans les réseaux commerciaux, la vidéoconférence est l'application phare (killer app), car ça constitue une utilisation de largeur de bande de masse, croit-il. On parle d'à peu près 1 Mbps pour chaque vidéoconférence, ce qui n'est pas énorme, mais on parle d'une application qui peut être utilisée par la masse, et quand il y a de l'agrégation, ça peut vraiment faire tourner la roue. Je pense que c'est ça qui va relancer l'industrie, car pour faire de la vidéoconférence à domicile ou en périphérie du réseau, ça va prendre des réseaux d'accès à large bande et en même temps ces réseaux d'accès vont permettre l'utilisation d'autres applications à large bande, et ainsi de suite. Mais il ne faut pas s'attendre à une nouvelle bulle, de toute façon il ne faut pas que ça arrive car c'est de l'exagération, ça remettra simplement l'industrie dans un état de croissance normal fondé sur un équilibre entre l'offre et la demande. "

Le dégonflement de la bulle a d'ailleurs eu un effet stimulant sur la recherche et l'innovation dans le secteur des télécommunications, aux dires de

M. Lauzon. " Les centres de recherche et les universités ont récupéré souvent du personnel qui leur manquait et qui les avait quittés pour rejoindre les entreprises privées qui, elles, n'avaient pas le temps de faire de la recherche, du temps de la bulle, analyse-t-il. Donc, il y a une consolidation qui se fait au niveau de la R&D et il y a beaucoup de créativité dans ce secteur. "

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