2012 : Place à la consolidation


    André Ouellet - 17/01/2012

    Sans surprise, la mobilité, l’informatique en nuage 
et les réseaux sociaux feront à nouveau la manchette 
en 2012 dans l’industrie mondiale des technologies 
de l’information et des communications (TIC).

    Pour le moment, tout indique que les budgets des organisations consacrés aux TIC seront en progression. Quarante-trois pour cent des répondants à un sondage récent effectué par la firme d’analyse Gartner indiquent que le budget TI de leur organisation augmentera en 2012 par rapport à 2011, alors que 15 % d’entre eux seulement affirment le contraire. Pour sa part, IDC prévoit que les dépenses en TIC à l’échelle mondiale s’accroîtront de 6,9 % en 2012, un niveau semblable à celui de 2011.

    Attention, cependant! La conjoncture est fragile, et différents facteurs pourraient forcer les analystes à réviser leurs chiffres à la baisse. À cet égard, IDC évoque notamment la crise de la dette en Europe et les conséquences des inondations diluviennes survenues en octobre et en novembre en Thaïlande, où une douzaine d’usines contribuent à environ un quart de la production mondiale de disques durs. Les marchés émergents joueront un rôle important en 2012 quant à la bonne santé de l’industrie. Selon IDC, la croissance y sera de 14 %, comparativement à 4,5 % dans les pays dits développés – Amérique du Nord, Europe de l’Ouest, Japon, Australie et Nouvelle-Zélande.

    À eux seuls, les marchés émergents compteront pour 53 % de la croissance mondiale des TIC. IDC ajoute également que l’industrie entre dans sa « troisième grande plateforme de croissance », construite sur la mobilité, l’informatique en nuage, les réseaux sociaux et les données volumineuses (big data). « Pareilles transformations surviennent à intervalles de 20 à 25 ans seulement », souligne le cabinet d’études.

    Si les technologies de cette troisième plateforme et les services qui en découlent ne contribuent aujourd’hui à la croissance de l’industrie qu’à raison de 20 %, elles connaissent globalement une progression annuelle de 18 % – six fois supérieure au reste de l’industrie. Leur apport à la croissance mondiale des TIC atteindra une proportion minimale de 80 % en 2020, estime IDC. D’ailleurs, les quatre concepts formant la « troisième plateforme » se retrouvent dans les tendances dégagées par la plupart des analystes pour l’année 2012. Il s’agit de phénomènes mondiaux, et ni le Canada ni le Québec n’y échapperont. Voyons cela de plus près.

    Mobilité

    Sur le plan de la mobilité et, même, des TIC en général, l’année dernière a été celle d’Apple. « Dans la foulée de 2011, cette année sera celle de la mobilité à tous les égards tant au niveau des appareils et des applications que des réseaux », prédit IDC. Conséquence logique, toute organisation devra avoir défini en priorité une stratégie relative à la mobilité.

    En 2012, les livraisons d’appareils mobiles doubleront celles des PC traditionnels, d’après les chiffres d’IDC. Plus de 700 millions de téléphones intelligents et de tablettes numériques seront vendus, ce qui représente une hausse substantielle de 34 % par rapport à 2011. Pour la première fois, les appareils mobiles produiront plus de revenus que les ordinateurs personnels (PC) – 6 milliards et 5,1 milliards de dollars respectivement – au Canada, ajoute le cabinet d’études.

    Devant les progrès impressionnants et l’immense popularité de la mobilité, on serait porté à se demander où et quand s’arrêtera le mouvement. Sylvain Carle, vice-président, Technologies et cofondateur de la firme montréalaise Needium, spécialisée en médias sociaux, a réfléchi à la question : « La mobilité est un phénomène temporaire, affirme-t-il. À terme, cela signifie l’accès à un réseau partout et en tout temps. On a inventé la mobilité au cours des dernières années pour pallier le fait que l’on ne pouvait obtenir un tel accès. »

    Informatique en nuage

    Un sondage mené en 2011 par Microsoft et Léger Marketing révèle que 29 % des entreprises canadiennes utilisent déjà l’informatique en nuage pour des besoins en matière de stockage ou de services élémentaires. Par ailleurs, 19 % des organisations ont fait de même – afin d’utiliser des applications bureautiques ou des services de messagerie notamment – sans toutefois le réaliser. « En somme, près de 50 % des entreprises canadiennes utilisent des services infonuagiques », souligne John Weigelt, directeur national de la technologie chez Microsoft Canada.

    « L’année 2011 a été celle de la démystification du nuage, assure M. Weigelt. Les organisations, les responsables des TI et les dirigeants en général ont acquis une meilleure compréhension du vaste éventail de technologies et de processus caractérisant ce concept émergent. Ils ont commencé à mieux saisir les politiques et les bases juridiques permettant d’en tirer avantage. »

    Selon IDC, les dépenses relatives aux nuages publics et privés atteindront 60 milliards de dollars à l’échelle mondiale en 2012. Près de 2,5 % des applications patrimoniales d’entreprise seront englobées dans un mouvement de migration vers le nuage.

    Au Canada, cependant, la croissance du nuage ne semble pas aussi rapide, puisque 44 % des entreprises continuent à se dire préoccupées par les questions de sécurité liées au nuage, apprend-on dans un sondage Léger-Microsoft. « Nous n’avons pas vu ici d’impulsion importante venant de groupes comme Amazon, Google et Salesforce. Toutefois, nous prévoyons une activité beaucoup plus soutenue en 2012 de la part des compagnies de télécommunications canadiennes », indique quant à lui Lars Goransson, directeur général d’IDC Canada. Le Québec n’a pas encore saisi l’occasion offerte par l’informatique en nuage, renchérit Sylvain Carle. « Dans les entreprises en démarrage, personne n’acquiert de serveurs spécialisés; 
tout le monde adopte le nuage. Dans la grande entreprise, par contre, il y a des réticences. Pourtant, on envoie des documents hautement confidentiels par courriel, alors qu’il est facile de pirater le courrier électronique », dit-il.

    Pour lui, le nuage permet d’amenuiser progressivement l’écart entre ce que l’on peut faire à l’ordinateur au bureau, et sur un appareil mobile à l’extérieur du bureau. « En ayant ses données dans le nuage, on les a toujours dans sa poche. Toutes ces tendances passent par le réseau, qui devient en soi une ressource vitale, un trésor national, autant que les routes ou d’autres éléments d’infrastructure », conclut-il.

    Réseaux sociaux

    Les réseaux sociaux ne font que commencer à exercer un impact sur l’exploitation et les stratégies en entreprise, et la plupart des organisations n’ont pas encore de plan concret pour en tirer parti. Voilà un constat émanant de la firme Gartner, pour qui ignorer les réseaux sociaux n’est pas une solution viable.

    Abondant dans ce sens, Lars Goransson souligne que le mouvement est amorcé dans les entreprises canadiennes. Il a fallu un certain temps pour y arriver, cependant, et tous les dirigeants ne sont pas encore convaincus que le rendement de l’investissement peut être positif en cette matière.

    En tout cas, l’extraordinaire engouement pour les médias sociaux pourrait entraîner des pressions sur les dirigeants d’entreprise qui n’exploitent pas adéquatement Internet. « Cette année, on remettra davantage en question les façons de faire non numériques », croit Sylvain Carle. Une pression du public se fera sentir en ce sens. Si le Web est suffisamment sécuritaire pour faire des placements ou des transferts de fonds entre entreprises, pourquoi ne l’est-il pas pour faciliter les soins de santé, par exemple? « Cette tendance s’accélérera en 2012 en raison des réseaux sociaux, par lesquels toute communication devient potentiellement bidirectionnelle. Nous sommes maintenant sortis de l’époque du ‘‘broadcast media ». À l’ère des réseaux sociaux, on s’attend à obtenir une réponse, en matière de soutien à la clientèle notamment », poursuit M. Carle.

    À la décharge des entreprises, on doit dire que si l’instantanéité sur le plan social est excellente pour les utilisateurs, elle se complexifie lorsqu’il est question de dispenser des services. « Il est plus facile pour les clients de poser des questions par l’entremise des réseaux sociaux que ça ne l’est pour les entreprises d’y répondre », précise M. Carle. Du reste, le service par médias sociaux interposés n’est pas une vue de l’esprit; certaines organisations sont déjà engagées dans cette voie, au sein des secteurs grand public particulièrement. Selon Sylvain Carle, il existe pour le moment deux domaines de prédilection à cet égard : d’une part, le marketing pour faire de la promotion et joindre les clients potentiels et, d’autre part, les relations publiques et le soutien à la clientèle.

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